« Sur les chemins noirs »

portrait_Corinne_small

Laissez moi vous parler du dernier ouvrage de Sylvain Tesson : « Sur les chemins noirs » aux éditions Gallimard.
L’auteur est déjà très connu pour ses nombreux livres relatant ses aventures multiples en Islande, en Russie, en Himalaya et bien d’autres encore.
Il y a chez lui un attachement viscéral au non-attachement, ne cherchant à coller qu’à l’immédiateté en toutes choses, qu’au présent dans toute sa verdeur. N’entendant partout que des appels.
Son regard sensible met à nu toutes les beautés de la géographie du monde. Il est comme un animal sauvage, courageux, fragile parfois, mais surtout libre.
Sa quête d’absolu, il l’assouvit en s’atomisant dans la géographie, comme une source d’aspiration. À pied, à moto, à vélo, il va gourmand de déserts nourriciers qui vous font grandir du dedans, à la condition d’entendre leur musique du lointain.

Il s’auto-qualifie de « stégophile » c’est à dire qu’il nourrit une tendresse toute particulière pour les toits et les façades qu’il adore arpenter.
Le 20 août 2014, alors qu’il crapahute sur le toit de la maison d’un ami, il fait une chute grave.
Traumatismes, hospitalisation, coma artificiel, soins intensifs, rééducation.
Sylvain Tesson va devoir apprendre la lenteur dans son estimable toute violence.

Voyageur et aventurier intrépide de terres d’ailleurs, c’est à son pays la France qu’il destine ses premiers pas d’après l’accident.

Marcheur bancal à la gueule cassée dont les bâtons font œuvre de cannes, il va.
En choisissant de n’emprunter que les chemins noirs, il s’enfonce dans une campagne ombrageuse aux sinuosités aussi troublantes qu’ingrâtes, cassant sous ses éperons « quichotiens » de fourbes cailloux.
Ce voyage dans l’hyper-ruralité, au long des chemins sans nom, nous donne à voir et ressentir une France qui s’abandonne et que l’on méconnait.
L’auteur nous livre avec acuité son regard de citoyen, sa poésie de l’espace et ses tourments humanistes.

En voici quelques morceaux choisis :

« Plus loin au soir venu, je dormis dans une clairière de pins.
Une chapelle y était édifiée, au pied de laquelle je fis un feu, et l’immense coiffe de pierre blanche du Ventoux apparaissait dans la trouée des arbres, si éclatante qu’un esprit non informé l’eût prise pour un nuage dont les rondeurs s’assoiffaient de lueurs. Cette clairière était l’un de ces lieux que les chrétiens avaient prisés, au temps où ils construisaient leurs chapelles là même où les cervidés faisaient depuis longtemps les lits à baldaquins de leurs nuits d’été. »

« En m’écrasant, j’étais devenu sourd d’une oreille et il m’arrivait souvent de perdre l’équilibre. Appuyé à mes bâtons de marche, je regrettais le temps où je vivais en entière possession de mes sens. L’odorat était à moitié perdu lui aussi et je ne humais plus la pleine haleine de la Provence, l’âcreté du ciste et la chaleur du calcaire qui est l’odeur de la lumière. »

« Certains hommes espéraient entrer dans l’Histoire.
Nous étions quelques uns à préférer disparaître dans la géographie. »

Il m’est arrivé de vivre ce sentiment intime qu’une marche en solitaire imprime en vous. Dans une forêt en Espagne j’avançais sur un chemin muet, un de ceux qui interroge le cœur au dedans, un qui fait trembler l’ego et qui vous ferait fendre l’armure, un qui vous ramène à votre condition microscopique dans un Univers seul fait de grandeur.
À cet instant il vous semble que l’espace vous absorbe, sentiment d’unité bouillonant, vif et fugace.

Je destinais ce livre à quelqu’un.
Je l’ai lu pour m’assurer du bon choix.
J’ai gardé le livre, trop spécial, il est pour moi.
Corinne Bellocq

Suggestion de playlist pour mieux vous plonger dans ce livre:

Kate Bush « Lake Tahoe » dans l’album 50 Words for Snow
Sublime…

15 commentaires Ajoutez le votre

  1. Pia Pia dit :

    Nouvelle année, nouveau métier ? Bien chère Corinne, vous voilà devenue critique littéraire ? 😉

    1. Et coucou,
      ça me fait très plaisir de te lire!
      Comment vas tu Pia?
      Je te souhaite également une très bonne année pleine de bonnes énergies, de renouveau et de joie!

      1. Pia pia dit :

        Merci 🙂 Belle et joyeuse année a toi aussi

  2. Sandrine Z dit :

    Roooo tu ne t’es pas fourvoyée sur les sentiers trop lisses empruntés par ceux qui ne savent ni motiver ni partager leur ressenti en ayant à l’esprit que pas mal d’âmes passant par là pourraient être en quête d’un avis objectif, original, sincère et étaillé par l’expression de leurs profonds sentiments suscités, éveillés, remués par leur lecture ! Ce livre semble t’avoir bouleversée, un grand merci pour ce si généreux, sensible, intelligent et fougueux partage ! C’est un plaisir de te lire !

    1. Wouah, que ce message me fait du bien !
      Ce livre est magnifique, je ne peux que te le recommander.
      L’écriture de cet homme est puissante, viscéralement il aime la Nature, il en parle avec tellement de poésie…

  3. Si tu peux, écoutes le morceau de Kate bush, Lake Tahoe…magique

  4. Sandrine Z dit :

    Yeahhhhhhh j’ai pu liker ! Il a fallu que j’accède à Google avec mon compte et hop je suis trop forte mouaaaaaaaah ! J’adore Kate Bush je vais écouter ça ! Big bisous 😘

    1. Non mais je vais te décerner le premier prix de « like » en une soirée!!
      Tu es trop forte 😉
      Je t’embrasse ma Sandrine
      MERCI!!

  5. Mébul dit :

    Je l’ai lu il y a plusieurs mois maintenant mais je pense ne pas avoir été assez attentive. Par exemple, cette sublime phrase, je ne m’en souvenais pas:
    « Certains hommes espéraient entrer dans l’Histoire.
    Nous étions quelques uns à préférer disparaître dans la géographie. »
    Quel parcours que celui de cet homme !

    1. corinne dit :

      Cet homme comme il écrit…mais c’est beau à en pleurer, en tout cas son écriture me bouleverse.
      Je te conseille aussi « Dans les forêt de Sibérie », c’est magnifique
      Ce qui me fait plaisir pour lui c’est qu’il était très gravement touché par l’alcoolisme, et depuis sa chute il a arrêté de boire.
      Il craignait en arrêtant de boire qu’il n’écrirait pas aussi bien…je confirme, son écriture est excellente et me fait du bien même quand il sobre !!!
      il a une formation de géographe et quand il parle de la nature on le sent, c’est fatal ….
      très belle journée à toi
      Quel est ton prénom ?
      Si tu veux bien me le donner 😉
      Corinne

      1. corinne dit :

        Je suis une nouille…
        c’est Patricia ?
        Excuse moi, mais en ce moment j’ai les deux fils qui se touchent 😉

  6. SALGRENN dit :

    Je n’avais pas encore lu ton article et appris ton intérêt pour cet auteur que j’apprécie également… à mon tour de donner un lien : une belle rencontre … https://lemondeselonernestsalgrenn.wordpress.com/2019/10/31/annapurna/

    1. corinne dit :

      Rôôôôôôh…….
      Je suis jalouse !
      Et comme tu as de la chance … Cet homme je l’adore, je l’admire, son écriture me fait vaciller.
      Sa voix aussi, il y a chez lui une énorme vitalité, une intelligence et une sensibilité qui sont un jardin de merveilles.
      Ce que j’aime chez lui c’est le bonheur et l’enthousiasme de la découverte, il pénètre le monde et nous le fait pénétrer avec lui dans des paysages, des situations, des rencontres, des histoires, des mythes… J’espère que Sylvain aura une longue et bonne vie, et que pour longtemps il nous éblouira de sa plume et de sa personne.
      As-tu vu le documentaire où il était embarqué avec des marins sur un bateau militaire qui croisait près de certaines îles perdues dans l’Océan Indien ? (enfin je crois)
      je te remercie pour ce « vrai » partage, qui est une surprise, doublée d’un bonheur.
      J’étais discrètement et en pensée, attablée avec vous…
      Tout fort
      Corinne

  7. SALGRENN dit :

    Je sais que je vais te décevoir… toute cette histoire est de la pure fiction ! Sorry, Corinne ! Il n’est pas passé très loin de chez moi mais… non ! (les plus perspicaces du coup auront une petite idée de la situation de mon repaire !). Tout est inventé (même la moto). Enfin… presque…

    1. corinne dit :

      Ernest…
      Tu es quitte pour m’offrir une bonne bière fraîche le jour où je passe près de chez toi.
      J’ai pas marché, j’ai couru ;), et le mieux c’est que ton histoire fonctionne, je suis sûre qu’il serait comme tu le décris, sympa, simple, ouvert, mon Sylvain quoi !
      Je t’embrasse
      P.S: t’es un peu filou🤣🤣😂

Laisser un commentaire