Americana

« J’ai faim d’Amérique.
Je veux m’en gaver jusqu’à m’en faire passer le goût. »
Luke Healy dans Americana

En 2016 dans une Amérique post-élection Trump, Luke Healey se lance dans le Pacific Crest Trail ( PCT ), un sentier de randonnée mythique de 4280km, qui court de la frontière mexicaine à la frontière canadienne.
Healey est un jeune irlandais obsédé d’Amérique, qui rêve de s’y installer mais qui voit toutes ses tentatives de demande de visa échouer.

Ce jeune auteur de bande-dessinée nous embarque avec lui dans une quête toute personnelle qui prend rapidement des allures d’ « Into the wild » (pour ceux qui ont vu l’excellent film de Sean Penn).
Le PCT est un chemin très technique, il faut avaler des déserts, trembler sur des marches de cascades glacées épaisses de 15cm, traverser des cols enneigés. Le danger est partout et la menace de la blessure qui annulera définitivement le périple, constante. La chaleur y est aussi parfaitement accablante, le manque d’eau récurant, la présence des hommes parfois redoutablement ennuyeuse ou décevante…

J’avais envie de vivre de vraies aventures.
Mais les vraies aventures n’arrivent pas
à ceux qui restent chez eux: il faut partir
les chercher au-dehors. »
James Joyce – Gens de Dublin

À tous ces multiples tracas s’ajoutent les nuits glaciales sans sommeil, le corps qui se frappe par trop de fatigue et de mauvais soins, l’hygiène précaire et la kyrielle de blessures intestines.
De griffures en égratignures, d’aventures en amertume, le marcheur comprend vite qu’il se soumettra au « clopinement du randonneur », au « minuit du randonneur » et que tôt ou tard il faudra plier sous la seule volonté implacable d’un chemin qui vous domine.

« Le rêve américain est une arnaque.
Arrête de vouloir tout posséder.
Tu devrais te contenter d’un simple jean,
de trois t-shirts, et te nourrir d’un peu de riz et de haricots. »
Bill Hicks

La souffrance est latente, et dans le corps, et dans l’esprit.
Plus elle s’installe en Healey, plus Healy s’accroche à son rêve d’Amérique.
Libre marcheur, il préfère toujours sa solitude à la présence des hommes.
Parce que c’est à sa rencontre qu’il est venu, ce sont ses rêves d’Amérique qu’il souhaite confronter. La résignation pointe souvent le bout de son nez, mais Healy tient bon, passe les premiers 100 miles, puis les 200 miles, puis les 500 pour atteindre les 1000 miles au bout de 80 jours de lutte…

La suite je vous laisse la découvrir.

Cet album est assez original parce qu’il se présente sous la forme d’un roman/bande dessinée, ce qui permet à l’auteur de nous parler plus longuement de l’histoire de la diaspora irlandaise, de ces lointains cousins d’Amérique, de toutes ses tentatives d’immigration avortées, de sa famille et de son île natale à l’histoire complexe.

Healy n’ira pas jusqu’au bout, il nous le dit dès la première page parce que le PCT gagne presque toujours. Chaque année 3000 marcheurs se lancent sur ce chemin de randonnée mais seule une petite centaine de personnes parvient au bout de ce voyage éprouvant qui dure 5 mois.
Alors que 30% abandonnent au bout d’une semaine, Healy réussit quand même et vient à la rencontre de ce type coriace qui sommeillait mollement en lui pour nous donner une grande leçon d’humilité mais aussi une belle leçon de courage.

Luke Healy – AMERICANA chez Casterman 23€

Corinne Bellocq

Les cowboys fringants-L’Amérique pleure
paroles JF Pauzé

18 commentaires Ajoutez le votre

  1. Marie-Anne K dit :

    Bonsoir Corinne, si j’ai bien compris, cette bande dessiné est destinée à ceux qui rêve de l’Amérique… Qu’est ce que le héros doit souffrir pour en arriver à un échec. Mais qu’est ce qu’il a acquis comme expériences de lui même et des autres… Merci pour cette découverte ! Je ne suis pas en pause pour tes articles.. Bon début de soirée…

    1. corinne dit :

      Merci Marie-Anne,
      Je crois qu’avec ce chemin il a trouvé son maître. Parfois en lisant le livre j’étais comme lui, j’avais envie d’abandonner, tellement ce sentiment est palpable.
      Comment trouves-tu la chanson en onglet ?
      C’est une trouvaille.
      à bientôt Marie-Anne

  2. Marie-Anne K dit :

    Je pense que cette chanson dans la vidéo, relate bien notre société actuel, où tout devient de plus en plus difficile pour vivre dans le bien-être et la simplicité … Beaucoup de soucis pour tout le monde dans un monde dit moderne. Cette vidéo à été publiée bien avant le covid 19, ils n’ont pas de masque et dansent à beaucoup de personne sans distanciation.

    1. corinne dit :

      Oui, cette vidéo date d’avant le covid.
      Je trouve effectivement que les paroles sont interessantes, et que les illustrer avec de la danse-country apporte au texte un contraste, une légèreté…
      Je vais aller voir si je trouve d’autres chansons de ce groupe, c’est aussi une découverte pour moi 😉
      Bon appétit

      1. Marie-Anne K dit :

        Bonjour Corinne, en effet, une bonne ambiance en tous les cas. Bon journée de samedi !

        1. corinne dit :

          Bonjour Marie -Anne,
          La pluie est enfin venue, ce sera une belle journée.
          Bon samedi aussi

          1. Marie-Anne K dit :

            Merci à toi ! Chez moi pas encore… Mais, il ne fait plus trop chaud…

          2. corinne dit :

            Tu vis en Belgique ?

          3. corinne dit :

            Tu vis en Belgique?

          4. Marie-Anne K dit :

            Oui, à la frontière française, mon père était Français de Cambrai, ma mère Belge, ont habité en Belgique, et je suis de souche Allemande.

          5. corinne dit :

            Que tu as de la chance!
            C’est le pays des meilleures bières au monde…
            On adore Orval, on avait visité l’abbaye, et dégusté « l’orvaliflette ».
            J’ai des amis à Metz et j’ai donc eu le plaisir d’aller faire un petit tour en Belgique .
            Bises de Bordeaux

          6. Marie-Anne K dit :

            J’ai été aussi à Orval et j’ai bu cette bière, c’est un délice. Je pense qu’il ne faut jamais dire l’endroit exact où on habite, car tout le monde peut voir nos commentaires sur Google… Par sécurité. J’irais voir ton nouvel article demain. Bises Corinne et bonne nuit

          7. corinne dit :

            Je ne savais pas…
            Pas de problème à demain 😉

  3. Merci, chère Corinne, pour cette piste de lecture… et de marche! J’irai feuilleter lors de mon prochain passage par une (bonne) librairie. J’ai moi aussi fait ce rêve d’Amérique (en 95, un road trip de deux mois, mais en bagnole, de la côte Est à la côte Ouest, par le Sud) et suis depuis retourné plusieurs fois dans ce pays qui a fasciné ma jeunesse. Mais c’est à peu près fini, maintenant. Trop d’inégalités, de violence, de racisme, d’arrogance… Je ne suis pas devenu un « anti-américain » mais me tourne vers d’autres horizons, géographiques et non idéologiques. J’avais (j’ai toujours) le projet d’un tour du monde sans passer par les Etats-Unis, la covid me force à différer mais je ne lâche pas l’affaire.
    A bientôt.
    Laurent

    1. corinne dit :

      Merci Laurent pour votre réponse.
      Cela me fait très plaisir.
      Je vous répondrai demain plus longuement.
      Passez une bonne soirée.
      Co

    2. corinne dit :

      Bonjour Laurent,
      Un road trip de 2 mois, c’est une sacrée aventure et ça permet tout de même de se faire une petite idée sur le pays.
      Ce pays me fascinait aussi beaucoup dans ma jeunesse. Je suis allée aux USA 2 fois, la première à 15 ans(en 88) et la seconde à 17 ans (en 90). Cela m’a suffit pour comprendre que ce pays qui me faisait rêver en secret n’était absolument pas fait pour moi.
      Comme vous le disiez, j’ai pu ressentir ces inégalités, à ce cela s’ajoute le culte des armes, la mise en abîme d’un vivre ensemble sereinement, une certaine déification de l’argent…
      Pour l’anecdote, un jour que je partais faire un peu de shopping, mon cousin me déposa en ville. À cette occasion il me confia discrètement un couteau. Il me dit « tu pourrais en avoir besoin »…au fin fond du Colorado.
      Il existe des terres bien plus clémentes, je pense à la Nouvelle-Zélande. Cette île isolée possède de nombreux atouts, faible population, paysages somptueux, peuple très accueillant et pacifique.
      Bonne chance pour ce projet de tour du monde!!
      Au plaisir de vous lire Laurent.
      Et merci beaucoup pour votre commentaire
      Corinne

  4. Jules bercy dit :

    on dire qu partir en amerique c partir dans l paradis la fois passe je regade un decumentaire des somalien soudanais et les autres qui passe l’atlantique pour rejoindre l’amerique latine et ils passent ensuite dans l’amazone en marchant souvent ils rencontrent des annimaux dangereux les uns ne parviennent pas meme de terminé leur chemin 😪 mais je m demande tjours si l’amerique et l pardis?

    1. corinne dit :

      Le paradis, existe-t-il ?
      Je suis très touchée par votre commentaire, c’est terrible d’imaginer des hommes et des femmes essayant de fuir leurs pays dans des conditions dangereuses et effroyables. Je suis triste pour eux car leur motivation est de trouver un monde et une terre meilleure porteuse d’espoir et d’avenir.
      Je suis allée aux USA deux fois.
      C’est un grand pays riche bien sûr, mais il y a des problèmes et des inégalités comme partout dans le monde.
      C’est malheureusement un peu l’histoire et la partie sombre de l’humanité.
      L’être humain a du mal à faire la place à son prochain, il cherche à avoir les plus beaux morceaux, il protège ses intérêts…
      Certains pays ont des frontières qui s’épaississent et durcissent comme la peau du crocodile, c’est très triste…
      à bientôt Jules

Laisser un commentaire