Glauque

Glauque.
Ce mot évoque des ambiances lourdes et malsaines.
Jusque là rien de bien neuf.
Pourtant, il cache dans ses plis toutes les nuances d’un mystère…

Enfant, je possédais trop peu de livres, mais j’avais un dictionnaire illustré. Je ne m’en séparais jamais, lui vouant une indéfectible fidélité pour tous les bons voyages qu’il m’offrait bravement. Entre chaque page, je bondissais de mot en mot tel un jeune cabri avide de connaissance et presque jamais rassasié.
J’ai conservé le goût des mots, et plus que tout j’adore quand ils me surprennent. À ce sujet et par je ne sais quel hasard, j’ai voulu connaître l’origine du mot « glauque ».
Je précise n’avoir aucune connaissance en langues antiques.

Avant de plonger dans mon dictionnaire, je me suis amusée à questionner mes filles sur le sens qu’elles donnaient à ce mot.
Je n’ai pas été déçue, leurs impressions tournaient autour de la tristesse, de l’inquiétant, du trouble, du dégoût et de la misère…
Pas mal, mais inexact.

Je l’ignorais mais la définition me révéla que ce terme tient son origine dans le bassin hellène et les coteaux palatins et qu’il exprime quelque chose d’à la fois clair et brillant comme la lumière de la lune, la couleur de la mer, ou les regards délavés par trop de sagesse de certaines personnes âgées…

Une couleur donc?

Oui, de celles qui portent en elles toute la douceur un peu triste d’un vert-de-gris. Sorte de vert qui tendrait vers le bleu s’il n’était retenu par les lumières d’un spleen accorte.

C’est dans les années 70 que ce mot devient par mauvais usage autre chose que sa nature. Il étend son étrange habit de lumière blanchâtre et verdâtre pour habiller les couloirs des hôpitaux, prisons, bâtiments industriels.
De mauvais usage en mauvais usage il arrive jusqu’à nous déliés de tous attaches et plonge livide dans nos imaginaires poètes.

Corinne Bellocq

Photo prise dans mon potager ce matin, sous des hardes de moustiques tigres affamés.

15 commentaires Ajoutez le votre

  1. C’est vrai que la couleur glauque est rarement employée, pourtant elle mériterait d’être plus souvent mise en avant, parce que les nuances de cette couleur sont fascinantes 🙂

    1. corinne dit :

      Bonjour Laurence,
      N’est ce pas ?
      Je suis d’accord avec toi, cette couleur est pleine de charme, de sensualité, elle caresse le regard et envoûte par tout l’apaisement qu’elle procure.
      Je vais chercher des exemples dans la peinture, ce sera l’objet d’un article futur…
      J’ai un ouvrage sur des pastellistes, peut-être qu’un sésame m’y attend 😉
      Merci pour ton commentaire et bonne journée!

  2. Marie-Anne K dit :

    Corinne bonsoir,

    J aime la façon que tu as d’être claire…

    A pprendre avec toi est un plaisir !

    D écourvrir en voyageant sur ton blog… tes petits secrets.

    E nchantée, de voir cette fleur, toute en beauté, de ton jardin.

    1. corinne dit :

      Et coucou Marie-Anne,
      J’adore ton commentaire, tu transformes le glauque en jade.
      Quel est ton secret 😉 ?
      Ton imaginaire poète !
      Merci beaucoup, j’ai du mal à revenir à l’écriture, je m’échauffe à la faveur d’une couleur aussi surprenante que inspirante.
      à bientôt Marie-Anne

      1. Marie-Anne K dit :

        Bonjour Corinne, 🙂
        Merci ! Jade est un synonyme de Glauque.
        J’écris le gros de mes idées sur un sujet ou autres… Je fais des phrases avec ce gros de mes idées… Je les mets dans l’ordre que je désire et qui me semble correct.. Je trouve que ton écrit sur glauque est très bien fait, oui inspirante.
        Bon dimanche Corinne

        1. corinne dit :

          C’est la richesse des blogs, des rencontres,des impressions,des influences
          Ton écrit m’a fait plaisir parce que tu entres en résonance avec l’article
          Ça fait plaisir !!

  3. Marie-Anne K dit :

    Je suis bien contente que tu trouves, que mon commentaire soit en résonance avec ton article. C’est justement ce que l’on espère en publiant un article… Et également d’avoir pu te faire plaisir !

    1. corinne dit :

      Mais oui, c’est ce que l’on essaie de trouver, s’exposer au regard de l’autre et entrer en résonance…
      Marie-Anne, merci pour nos échanges et à bientôt

  4. chchshr dit :

    la couleur glauque s’associe avec celle de l’eau dans les marais ou les mares, ou les marées peut-être. c’est une couleur végétale aussi, qui existe avant de choisir si elle grise , bleue ou verte. assez perturbante pour les catégoriques.
    merci de l’article

    1. corinne dit :

      J’aime l’idée qu’une couleur choisisse d’être ce qu’elle a besoin d’être…
      Les catégoriques sont faits pour être bousculés.
      Merci pour votre commentaire
      Bon dimanche

      1. chchshr dit :

        Un dimanche glauque ? Plein de soleil éclairant la mer 😉

        1. corinne dit :

          Glauque clair alors? 😉

          1. chchshr dit :

            🤩

  5. Combien de mots ont ainsi fait les frais, au fil du temps, d’un usage erroné, ou de circonstances malheureuses de leur histoire ? Il est captivant de constater que l’on finit par croire que les mauvais côtés de la chose désignée par le vocable en question sont tous contenus dans les sonorités émises en le prononçant…

    1. corinne dit :

      Entièrement d’accord, quand désormais je désigne une chose ou une action comme « glauque » je ne peux pas m’empêcher de penser à la nature réelle du mot, c’est troublant.
      Au final, quelle belle couleur…
      Les mots transportent des histoires et encore plus, des petites histoires dans leur histoire.
      C’est passionnant.