Cowboys and Angels

Aujourd’hui j’aimerais partager avec vous un souvenir d’enfance.
Il y a quelques années une émission culte passait à la télévision française , « La dernière séance ».

Chaque mardi soir, nous pouvions découvrir 2 westerns venus directement des studios d’Hollywood.
Notre *Eddy Mitchell national se muait pour l’occasion en présentateur vedette. L’écouter me faisait rêver, je le voyais comme une sorte de guide suprême, celui qui allait assurément me confier toutes les clés pour comprendre une Amérique dont le lointain mirage faisait briller mon regard de petite fille.

« Eddy Mitchell » mon brillant serviteur


J’étais fascinée par ces films de cowboys.
J’étais fascinée par ces histoires rugueuses et parfois brutales d’hommes et de femmes qui partent à la conquête d’un Grand Ouest qui ne se donne qu’aux plus déterminés.
J’étais fascinée par leur foi et leur courage.
J’étais fascinée par les paysages grandioses de ces plaines qui masquaient mal leur grandeur dans le prisme de l’écran en noir et blanc.
J’étais fascinée par cette conquête qui ne se gagne qu’à dos de cheval.
J’étais fascinée par ces longues bagarres viriles, ces distributions d’uppercuts qui alternaient des gauches puis des droites, et qui concurrençaient si bien les chorégraphies de nos films de capes et d’épées européens.


J’aimais la conquête,
je voulais moi aussi la conquérir
cette lointaine Amérique,
je l’épousais dans mes rêves,
comme on épouse un idéal à 8 ans.

« American Progress » ou « Destinée manifeste » œuvre de John Gast 1872

Mais à chaque fois que je regardais un western, le même malaise revenait.
Je voyais des hordes d’indiens s’activer à repousser les assauts des hommes blancs, à force de cris, de flèches et de pointes.

Je supportais toutes les attaques, tentant de les apaiser et de les repousser en pensée. Je devinais les vilaines stratégies des cowboys, celles qui feraient plier un village entier sous le feu et la tempête des Colt et des Winchester.


Je subissais tous ces massacres,
ces luttes acharnées
et sans pitié
qui voyaient s’affronter
deux camps,
deux visions,
deux mondes.

Bataille de Little Big Horn
An 1899 chromolithograph from the Werner Company of Akron, Ohio entitled Custer Massacre at Big Horn, Montana — June 25, 1876.

Plus je regardais de westerns plus le malaise s’épaississait.
Il fallait y mettre un terme.

Et puis un jour me vint une idée que je croyais géniale, une idée que seuls les vrais enfants ourdissent en secret.
Je décidais de ne plus les regarder ces westerns, j’allais simplement les boycotter et ainsi mettre un terme définitif à cet ignoble massacre de masse.

Je ne savais pas que tous ces hommes en armes, couverts de plumes, de peaux de bêtes et de peintures de guerre n’étaient que des figurants, d’admirables cascadeurs à temps partiel, de vaillants comédiens d’arrières plans.
Je n’imaginais pas que dès les scènes de guerre coupées, tous ces seconds couteaux finissaient tous bien sagement leurs journées de tournage à la cantine générale, autour de montagnes de sandwichs et de pintes de sodas tièdes.

L’enfance nous ouvre parfois ses portes de manière très singulière, faisant grandir, et nos rêves, et nos peurs.
J’aimais les indiens de mes lointains westerns,
j’aimais leur exotisme,
leurs luttes,
leur héroïsme,
oubliant que l’exotisme fascine autant qu’il peut faire peur,
oubliant que l’héroïsme tue parfois,
oubliant que les cowboys auraient sûrement préféré être des anges.

Corinne Bellocq©2020
Photos d’entête d’article de Tim McCoy, d’Eddy Mitchell, de Destinée manifeste et de la Bataille de Big Horn – Wikipedia Creative Commons

L’image n’est pas formidable mais la silhouette fantomatique de Georges Michael n’en est que plus émouvante. J’aime tellement cet artiste, sa voix me manque.

27 commentaires Ajoutez le votre

  1. Jaskiers dit :

    Superbement écrit ! Je prévois un de ces jours de commander un livre sur la culture indienne, à mon grand plaisir, la littérature foisonne en ce moment sur la culture indienne d’Amérique. Merci pour cet article !

    1. corinne dit :

      Merci Jackiers,
      Tu es adorable, c’est un vrai souvenir, bien étrange…
      C’est beau l’enfance, on voit étrangement les choses en plus grand 😉
      Passe une excellente soirée et merci pour ta fidélité,
      elle me touche beaucoup !
      Corinne

  2. ID de femmes dit :

    Ces sentiments d’enfant, c’est déjà un petit film…

    1. corinne dit :

      Totalement…cette petite fille je l’adore, elle voit les choses en Cinemascope !

  3. C’est vrai qu’ils étaient là de leur plein droit ces pauvres indiens, je n’ai jamais été fan de westerns, glorifiant les coy-boys et faisant croire que les indiens furent les véritables ennemis… ☺

    1. corinne dit :

      Ah le mythe du sauvage est parfois bien tenace…
      je t’embrasse Kakuma

  4. Lazuli Biloba dit :

    Joli flash-back ! Je me demande s’il est encore possible de regarder un western avec la candeur de l’enfance…

    1. corinne dit :

      J’ai essayé, et qu’est ce que c’est parfois mal joué…il reste certains chefs d’œuvres !
      Mais je suis comme toi, je doute d’avoir envie de passer une soirée devant un bon western !
      Des fois il en passe des très bons sur Arte…
      Bonne soirée Danielle

  5. Pigraï Flair dit :

    Enfant, j’ai toujours été du côté des indiens et des robins des bois. J’ai toujours préféré les flèches aux pistolets. C’est plus silencieux et tu peux les bricoler à peu de frais. J’ai jamais aimé les cows boys et les longs manteaux. Mais bon j’ai appris plus tard que mes potes apaches étaient quand même des maudits sauvages. Quand il prennaient le cœur d’une blanche, c’etait à coup de couteau. Pas glamour mais efficace. Ça c’est un peau rouge 👺. Bref. J’ai adoré little big mac, euh little bite man parce que ils sont méchants et gentils des 2 côtés sauf à la fin ou y a qd même le massacre des naindiens. Bon c tout. J’ai plus de plumes pour écrire.

    1. corinne dit :

      Tu veux parler de Little big man, j’adore ce film !!
      Les films de cowboys ça met plus la nature en valeur, comme d’habitude c’est toujours elle qui brille et qui nous élève, pauvres humains …
      Merci pour ta venue sur la piste des Mohicans 😉
      Bonne soirée Alan

  6. Swannaëlle dit :

    😢😢😢çà y est! Video qui ne fonctionne pas!!!y avait longtemps! tu as rechangé ton procédé ? 😂 Bon ! dommage, l’article est super …. je te bise quand même 😂😘🌹

    1. corinne dit :

      Et mince, non mais par contre j’ai fait une grosse mise à jour…peut-être que c’est ça !
      Belle journée et merci pour ta venue dans le Grand Ouest 😉

      1. Swannaëlle dit :

        😂😂😂

  7. Ashley dit :

    A wonderfully articulated post! I grew up playing ‘cowboys and indians’ and of course as a young adult I soon realised the horror of what actually happened in the ‘wild west’! A Hollywood film that went some way to changing the conversation was ‘Dances with Wolves’. Also a serious book I have been meaning to read is ‘Bury my Heart at Wounded Knee’ by Dee Brown.
    Thank you Corinne for highlighting this! I love your posts 🥰

    1. corinne dit :

      You are very welcome Ashley,
      Me I love your comments, because I feel your happiness, and I love it !!
      have a very very good day dear Ashley
      Bisous
      Corinne

  8. maminavanille dit :

    Bel article, bien écrit … j’ai aussi des souvenirs d’enfance où, le dimanche, ma maman nous appelait pour le goûter (on était dehors par tous les temps à cette époque-là) pour regarder une série qu’on suivait … ça s’appelait « Le Virginien ». Je n’ai jamais trop aimé les westerns qui faisaient toujours passer les Indiens pour les méchants. Mais des films comme « Danse avec les loups », là j’en redemande 😉
    bisous et bonne semaine

    1. corinne dit :

      Et coucou,
      Danse avec les loups, quel beau film, j’avais été le voir au cinéma, j’avais adoré…
      Dans le genre série j’aimais bien « Rawhide » avec Clint Eastwood, qui était déjà canon 😉
      Belle journée Mamina

  9. Domdom dit :

    Hello,
    tu m’as fait rire avec « Il y a quelques années… » comme si c’était 3 ou 4 ans…
    Je me souviens de cette émission, du générique et de sa chanson et d’Eddy.
    Faut reconnaître qu’on c’est régalé devant certains chef d’œuvres du genre.
    Après c’est pas du tout mon genre préféré, et il faut avouer que « Danse avec les loups » a totalement enterré cette (Ré)vision du massacre des Indiens.
    Mais il ne faut jamais cracher sur l’histoire du cinéma, c’est un formidable témoin des mentalités qui ont traversées les époques.
    Et c’est un formidable exemple d’avoir mis G.Michael qui lui aussi a dû faire semblant pendant des années pour vendre et continuer de faire rêver les femmes…
    a++

    1. corinne dit :

      Quoi ?
      C’était hier Domdom, tu as oublié 😉
      C’était une sacrée émission que je ne ratais pas , je restais jusqu’à la fin du deuxième film, c’était long mais c’était bon !!
      Surtout qu’entre les deux films il y avait ce P….N!!!! de journal du soir.
      « Danse avec les loups » quel film, je n’ai jamais aimé Kewin Coster mais là il faut reconnaître que c’est la seule fois qu’il a été bon ( ou bien dirigé LOL )
      Georges Michael…comment dire il n’a pas besoin d’avocat, c’est une « grand grand immense » artiste, cette voix et ce don, il chante désormais pour les anges, c’est sûr .
      à ++
      j’regarde tes articles demain, parce que demain matin j’ai du temps 😉
      Bonne soirée Domdom

  10. bertri13340 dit :

    Pourquoi l’avatar ou le gravatar n’apparait plus sur les messages, enfin je ne les vois plus !
    Au secours, ils nous ont enlevé notre Corinne !

    1. corinne dit :

      Je sais ça me prend la tête…c’est le cas de le dire 😉
      Je ne sais pas comment régler ça, et puis mon mari gère déjà beaucoup de choses alors je ne vais pas l’embêter avec ça

  11. La dernière séance, quels souvenirs…. Moi ce qui me faisait délirer c’était les femmes maquillées comme des pin up des années 50 et qui regardaient Eddy Mitchel avec des yeux de gamines amoureuses. Plus tard j’ai appris que nombre d’elles étaient en fait des femmes qui avaient payé pour tenir ce rôle de figurantes. Ce grand moment de cinéma en carton pâte avec ces sourires figés et artificiels reste tout de même comme un bon souvenir de mon enfance et de mon adolescence même si après avoir vu mon premier anti western (pale rider) j’ai cessé d’aimer les films projetés chez Eddy.

    1. corinne dit :

      C’est vrai que le comportement des fans autour était amusant, tu me rappelles à ce souvenir…
      Je ne ratais aucune Dernière séance, on ne se posait pas la question on était tous jeunes et innocents.
      Avec le recul, quand j’étais enfant j’aimais bien Tarzan, mais c’est devenu impossible à regarder voire complètement immonde.
      Quand les coolies tombaient systématiquement d’un pont ou d’une falaise…mauvais délire, cela m’effrayait, j’avais le sentiment que ce travers scénique systématisé cachait le fait que leur vie avait moins de valeur. C’était raciste.
      Les blancs mouraient peu dans Tarzan…c’est horrible.
      Tu remarqueras que les Droopy ne passent plus, c’est que là encore il doit y avoir matière à redire, sur la condition des femmes et le sexisme bien basique…
      M’enfin 😉

      1. Je crois que je vais faire un sujet sur Droopy, Betty Bop, les statues de Lénine et toutes ces choses que l’on cherche à effacer faute de pouvoir assumer le passé… Oh oui ça ferait un très bon sujet ! 🙄

        1. corinne dit :

          Je suis cliente, surtout avec ton regard et ta verve 😉

  12. Je n’en loupais pas une, et puis il y avait une ambiance semblable à mon cinéma de quartier. Un esquimau au cassis s’il vous plait!

    1. corinne dit :

      Et un Cornetto vanille pour moi 😉
      C’était une bien bonne époque, je regrette cette émission, il y avait une ambiance très particulière, je ne comprenais quelquefois pas tout des brillants commentaires de notre Eddy national, mais c’était toujours des soirées réussies !!

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